dimanche 7 juin 2009
Rêves secrets d'un prince et d'une princesse
C'est le temps des cerises et des premiers abricots, des baignades frileuses et du début des vacances. Il y a dix jours à peine, Marianne et moi échangeons ce qui ne manquera pas d'être notre dernier sourire, elle quittant la salle d'examen bien avant la fin du temps réglementaire, moi relisant une dernière fois pour la forme les quelques pages de ce qui doit être ma dernière dissertation. Il me semble que c'est à reculons que je quitte finalement l'amphithéâtre, avec au fond de moi ce qui sans doute s'apparente à de la nostalgie ; dehors, dans les 30°C ambiants, je ne peux pourtant m'empêcher de sourire. Je traverse les allées de cette université que je m'apprête — je l'espère — à quitter pour toujours, cette université qui n'aura jamais été véritablement la mienne et dont les chemins labyrinthiques continuent à me jouer de vilains tours même en ces premiers instants de liberté. Fidèles à notre hymne, c'est en nous gavant de pâtisseries au bord d'une mer outrageusement belle que tout commence. S'ensuivent des heures enfiévrées à suivre Roland Garros en pestant contre la médiocrité des joueurs français, à peaufiner un bronzage n'ayant d'autre but que rendre jalouse ma famille et faire grandir ma crainte des mélanomes dorsaux, à tenter de reconstituer au mélodica des chansons de Joe Dassin ou des Demoiselles de Rochefort, et à faire tout ce dont il parle bien mieux que moi d'où mon silence, parfois.
samedi 28 mars 2009
Parce que connaître les "Voyelles" d'Arthur ne suffit pas toujours
J'ai vu ma grand-mère passer des après-midis ensoleillés enfermée chez elle à tourner frénétiquement les pages de son dictionnaire dans l'espoir d'y trouver ne serait-ce que la potence, frapper chez sa voisine de palier pour le cas où elle aurait détenu la clé du mystère et même être à deux doigts d'appeler Antoine sur son téléphone portable à huit heures du soir passées pour, enfin, savoir. Mon père aussi est sur la mauvaise pente ; parfois, et de plus en plus souvent, il se couche à pas d'heure pour finir, trouver le 3-2 horizontal. On raconte même que quelqu'un se serait... pour avoir... ou plutôt pour n'avoir pas... Quant à moi, je dois bien l'avouer, il m'arrive de vouloir renoncer, déchirer la page, faire comme si elle n'avait jamais existé que dans mon imagination. Je me surprends alors à rêver d'un monde où Michel Laclos serait vendeur d'abricots sur les marchés le samedi, joueur professionnel de mélodica, que sais-je encore, n'importe quoi SAUF verbicruciste. Pour toutes ces raisons, parce qu'il me semble que c'est là une décision d'utilité publique et aussi parce que certains ont atterri ici spécialement pour cela, j'ai décidé de proposer, sur ce blog, une nouvelle fonctionnalité. Désormais, chaque semaine, je proposerai à quiconque échouera ici désespéré la solution des mots-croisés de Michel Laclos du TV Mag de la semaine en cours, ou du moins quelques indices et explications. Parce que nos voisines de palier n'achètent pas toujours TV Mag, parce qu'on aimerait bien passer nos dimanches autrement, tous ceux qui se sentent intéressés peuvent poster un commentaire sur cette note, ou s'ils n'assument pas, m'envoyer un e-mail ici. Je garantis l'anonymat comme la gratuité.
lundi 16 mars 2009
Juliette, acte dernier
Je n'ai plus l'âge de m'ennuyer au rituel goûter d'anniversaire de mon petit cousin, mais au contraire celui d'être captivée par la famille que lui, son petit frère et ses parents commencent à former. Cela me frappe un peu plus chaque fois que je les vois et je me dis que oui, c'est décidément la famille la plus heureuse que je connaisse, la plus proche du bonheur auquel j'aspire moi-même. A la différence près que ma vie à moi sera bien plus parfaite que la leur, évidemment.
Je n'ai plus l'âge non plus de m'émerveiller devant Juliette, dont personne ici ne se souvient mais qui a joué un rôle important pour moi, il fut un temps (ici et là). Ses cheveux ne sont plus aussi blonds, une dent lui manque sur le devant et le divorce de ses parents a définitivement fait d'elle une petite fille commune, même s'il y a dans cette conclusion une certaine injustice dont j'ai conscience. C'est désormais mon petit cousin lui-même qui constitue l'objet de mon admiration, parce que j'aime à penser qu'il est content de me voir, parce que ses joues sont plus éclaboussées de taches de rousseur que les miennes ne le seront jamais et parce qu'il connaît mon prénom, lui.
vendredi 27 février 2009
"And I'm too young to be old"
Dans l'autoradio, le cd qui tournait en boucle sur les routes d'Italie ; sur mes oreilles, les lunettes aux verres teintés trouvées quelque part sur une plage de Collioure ; dans le sac à dos d'Antoine, une lampe de poche, deux Quadros et une carte aux trésors ; sur mes épaules, un débardeur ; dans l'air, un parfum de vacances ; dans le ciel bleu, le soleil. Et c'est parti pour l'aventure. Comme toujours au début je râle un peu, parce que j'ai mal au ventre, parce que je ne crois pas que l'on soit sur le bon chemin, parce que je m'emmêle les pieds dans les ronces. Parce que je suis un peu idiote aussi, c'est vrai. Mais tout cela passe et je retrouve la raison. Le paysage est sublime. Sans mentir, il me semble que nous sommes seuls au monde. Le premier trésor est trouvé, bien serré dans ma main que je ne relâcherais pour rien au monde. La carte du second mène à une grotte, dans laquelle je n'ose descendre mais d'où Antoine me remonte le butin tant attendu. Le retour passe plus vite que l'aller et je le regrette, j'en viendrais presque à souhaiter que l'on se perde et que l'on reste là jusqu'à ce qu'il fasse nuit noire. Mais on retrouve la voiture alors que le soleil est toujours là, bien plus bas qu'à notre arrivée, mais toujours là. Ca sent comme les soirs d'été. Sur la route du retour, je chante en même temps que la musique. Et maintenant que j'y pense, il est vrai que la conclusion de la note précédente n'était pas tout à fait vraie...
Dans le coffre aux trésors de la grotte, je glisse la montre que j'avais au poignet durant tout l'été dernier, sans regret aucun. A quoi bon ? L'été qui s'annonce rend le précédent ridiculement petit. Pourtant, si vous saviez...!
mercredi 18 février 2009
Et c'est le temps qui...
Quand j'ai besoin de mes lunettes pour regarder Des chiffres et des lettres, quand mon dos se bloque alors que je ne fais que pousser une porte, quand j'ouvre l'armoire de ma chambre et que j'y trouve de vieux posters des G-Squad, quand je pense à l'âge que j'aurai dans un mois, quand je me surprends à connaître par coeur les paroles d'Une belle histoire, quand je paie plein tarif mes entrées de piscine, quand mon petit cousin m'explique que Spider-Man est plus fort que Cars, quand je commence des phrases par "ah oui ça me rappelle un épisode de Casimir...", quand je relis mon journal intime Disney ou même certaines notes de mon ancien blog alors je me sens vieille, un peu, un peu et pourtant infiniment moins que lorsque les élèves du CM2 de mon père me parlent et me vouvoient.
lundi 2 février 2009
Samedi
C'est la cloche de l'école qui
me réveille et j'en déduis : 1) qu'il doit être
8h20 ou 8h30, 2) que mon père ne s'est toujours pas plongé
dans le mode d'emploi du nouveau programmateur de sonneries, d'où ce dernier vestige du temps où les élèves
avaient cours le samedi matin. Plus tard, au marché, ça
sent le poulet jusque devant la Poste et c'est, ce me semble, une
raison suffisante pour ne pas laisser passer l'occasion de manger de
la volaille. Le panier de ma mère fume ; je presse le pas pour
rentrer me mettre à table.
Je passe une bonne partie de mon
après-midi en ville, en pèlerinage dans ces magasins
que nous fréquentions de façon presque hebdomadaire
avec Marie, il fut un temps. Quand j'y repense, je crois bien que
nous faisions du lèche-vitrine comme certains partent en
promenade, sans véritable autre but que prendre
l'air, même s'il s'agissait là de celui
surchauffé du Printemps. Nous essayions des vêtements que nous n'achetions pas, marchions jusqu'à la vitrine d'un magasin de peluches rien que pour me faire plaisir, Marie me payait le goûter, me laissait choisir tout un tas de bonbons chez Glups et cela sonnait alors comme le bonheur le plus complet. Aujourd'hui, en même temps que je refais notre parcours d'antan, je comprends que ces instants restent et resteront parmi les plus agréables de mon adolescence.
Le soir, je retrouve les strapontins
rouges de quelque salle de spectacle. Avant d'entrer, comme toujours,
il y a dans le hall une odeur de nourriture plutôt
indéfinissable. Et l'on entend à travers les cloisons
répéter le chanteur pour qui l'on est venu une heure
en avance et qui, une fois le concert achevé, prouvera qu'il y
avait de quoi. Pour faire passer le temps, mon père et moi
nous confrontons aux mots croisés de Michel Laclos, dans TV
Magazine. Nous trouvons assez
vite, et non sans orgueil, cetains mots aux définitions
alambiquées.
Il est tard quand je rentre chez
moi. Dans ma boîte mail, un message d'Alexandrine, comme une promesse : demain sera à la hauteur de la journée
qui se termine.
mercredi 7 janvier 2009
Liste de choses à faire en 2009
* Apprendre à tricoter et à coudre.
* Voir travailler des souffleurs de verre.
* Connaître le rayon vert et l'heure bleue.
* Regarder tous les films de Demy que je n'ai jamais vus, y compris Trois places pour le 26.
* Dormir à la belle étoile.
* Lire la Bible et les Rougon-Macquart, sans que cela ait nécessairement un lien.
* Monter dans le tramway à fleurs.
* Réussir à jongler avec quatre balles.
* Apprendre à compter les points au tarot et à la belote.
* Trouver un opercule d'escargot de mer.
* Me remettre sérieusement à l'italien et/ou au portugais ; tester mon accent sur place.
* Rêver de la maison rose aux volets bleus.