.::Demain le paradis::.

vendredi 1 avril 2016

Il y a un an

Il y a un an ce n'était rien ou presque, tout juste une poignée de cellules se battant pour exister, et maintenant c'est un petit garçon qui s'endort dans mes bras et rigole quand son papa le chatouille.

Il paraît qu'à cet âge-là il aime sa maman d'un amour inconditionnel; j'ai lu ça dans un livre. Il m'aime d'un amour inconditionnel même quand je râle en me levant pour la cinquième fois de la nuit, même quand je lui tords un peu le bras en lui mettant son pyjama, même quand je le laisse pleurer quelques minutes le soir pour qu'il s'endorme — même.

Je ne sais pas si ça durera toujours, mais quand les larmes me montent aux yeux à l'idée de bientôt reprendre le travail je pense à ça et ça m'apaise : moi je serai dans ma classe, dans la cour ou en voiture, et lui sera là, quelque part, à m'attendre et à m'aimer.

Si pour ce qui est de lui on ne peut préjuger de rien, de mon côté en revanche je sais que je l'aimerai toujours, sans avoir à faire d'effort, sans avoir à y penser, et ça aussi c'est reposant. Il n'y a pas beaucoup de choses dont je sois sûre... sauf de ça.

Et c'est drôle de penser qu'il y a une heure j'aurais donné n'importe quoi pour qu'il s'endorme et avoir un peu de temps pour moi, et maintenant que je l'ai, ce temps, je le trouve un peu long, et j'attends avec impatience de voir comment seront ses yeux quand enfin il se réveillera.

 

Je crois qu'ils seront bleus.

Posté par demainleparadis à 22:54 - Commentaires [1] - Permalien [#]

mercredi 27 novembre 2013

Canalblog fête ses dix ans...

... et dans ma boîte mail, ce message :

"Racontez sur votre blog une histoire vécue grâce à lui : un souvenir, une anecdote, une rencontre, une émotion..."

...

Bah moi grâce à mon blog, j'ai rencontré mon mari. C'est pas mal comme anecdote, non ?

Posté par demainleparadis à 18:38 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :
mercredi 27 février 2013

Enfantillages

« Ta mère la grosse.
— Ta mère la conne.
— Ta mère la pute. »

Julie et Marine, 5 ans, goûtant tranquillement dans une petite école de campagne.

Posté par demainleparadis à 12:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
mardi 8 janvier 2013

Bilan (tardif et mitigé) 2012

* Lire au moins vingt livres. Je dois être plus près des 10, mais j'ai quand même lu un peu.
* Apprendre de nouveaux points de tricot.
* Retourner en Angleterre ou en Italie. A moitié fait.
* Trouver de bonnes raisons d'écrire sur ce blog.
* Fabriquer de jolies peluches en feutrine. Fait seulement si ça, ça compte.
* Voir un hippocampe lors d'une exploration sous-marine. Vu un cousin de l'hippocampe lors d'une pêche au pousseux.
* Chercher une quinzaine de cistes, en trouver une bonne moitié.
* Obtenir un poste à titre définitif. Fait !
* Caresser un chaton. Je triche là, non ?
* Voir passer une étoile filante. Et plus d'une !
* Ne pas avoir d'accident de voiture. Fait.
* Limiter à cinq le nombre de fois où l'on me prendra pour une lycéenne ou une collégienne. Fait.
* Apprendre à m'occuper de mon kalanchoe.
* Reprendre les listes des années passées et faire tout ce que je n'avais pas pu barrer. J'ai trouvé beaucoup d'opercules d'escargots de mer, mais est-ce suffisant ?

Bonne année à tous !

Posté par demainleparadis à 18:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]
dimanche 9 décembre 2012

Le feutre rouge

Nous n'aimions pas beaucoup Madame H., d'abord parce qu'elle avait un physique assez ingrat, ensuite parce qu'elle faisait cours avec une monotonie qui nous endormait tous, enfin parce qu'elle enseignait le latin et que cette raison seule justifiait qu'on la trouvât antipathique. De mes deux années passées à ses côtés il ne me reste que quelque mots de vocabulaire, la déclinaison de amicus, i et le plan aux contours indécis d'une villa romaine typique. C'est sans le moindre soupçon de nostalgie que j'ai jeté, il y a peu, mes cahiers de l'époque, preuve de mon détachement total à l'égard de mon passé de latiniste. Je ne me rappelle plus grand chose de toutes ces heures de cours passées à noter dans un répertoire des mots qui de toute façon figuraient dans notre manuel, mais je me souviens d'une anecdote qui nous a beaucoup et longtemps amusées, à l'époque, mes amies et moi.

Un jour que nous revenions de vacances, nous avions retrouvé une Madame H. encore plus taciturne que d'ordinaire, et elle ne tarda pas à nous expliquer la raison de ce surcroît de tristesse : avant les vacances, quelqu'un — nous soupçonnions alors F. F., le benêt de la classe, mais sans aucune certitude — lui avait dérobé le feutre rouge avec lequel elle écrivait les leçons au tableau. Je la revois encore, pendant de longues minutes, nous faire part de sa déception, réclamer que le feutre lui revienne, et nous inciter à la délation pour trouver le coupable. Cette scène n'avait pas manqué de nous faire rire, comme si la perte d'un feutre représentait pour elle une catastrophe plus grande encore que l'éruption du Vésuve. Il me semble que cette mésaventure nous la rendait plus ridicule qu'elle ne nous apparaissait déjà, ce qui n'est pas peu dire.

Et pourtant, jeudi dernier, en entrant dans ma classe et en voyant qu'un aimant et une craie m'avaient été dérobés, comme je l'ai comprise...!

Moi aussi, pendant de longues minutes, j'ai expliqué ma déception et ma tristesse. Moi aussi, j'aurais voulu que quelqu'un me dénonce le coupable afin qu'il subisse un châtiment à la hauteur de son crime. Moi aussi, tentant toutes les stratégies, j'ai menacé/raisonné/supplié les élèves pour que l'aimant me revienne. Moi aussi, j'ai ressenti ce que Madame H. avait ressenti dix années auparavant, et j'aurais voulu m'excuser auprès d'elle de mon ignorance de l'époque.

Alors voilà : pardon.

NB : Rassurez-vous : l'aimant et la craie sont réapparus le lendemain, mystérieusement, dans le sac d'une petite qui disait ne pas les y avoir mis.

Posté par demainleparadis à 19:22 - Commentaires [1] - Permalien [#]
dimanche 18 novembre 2012

Antenne 2

Il y a toujours les mêmes posters d'Avril Lavigne sur les murs, les mêmes vêtements dans l'armoire et le même temps gris par la fenêtre. Quand je reviens en Normandie, c'est toujours un peu comme si je redevenais lycéenne pour quelques jours, une parenthèse hors du temps présent, et je me surprends encore à trouver en moi quelques bribes d'une nostalgie diffuse.

Je crois que j'ai préféré le lycée à la fac, parce que j'ai toujours voulu être aimée des gens et que je n'y suis jamais aussi bien parvenue que dans le premier cas. De mes amitiés passées dont il ne reste plus grand chose restent tout de même E. et A., que je ne manque pas de revoir à chacun de mes pèlerinages. E. et A., c'est un peu les vestiges de la lycéenne que j'ai été, que je ne suis plus et qui n'avait dans le fond qu'un intérêt très relatif. Je n'arrive pas bien à me souvenir de moi-même en ce temps-là ; les journaux intimes que je relis parfois me présentent une adolescente dont j'ai du mal à croire qu'elle a été moi, et qui selon toute probabilité ne l'a jamais véritablement été. Je me cherchais alors, et croyais me reconnaître dans une version sombre et mélancolique que je me forçais d'incarner à coup de vêtements noirs et de posters d'Evanescence ; je travestissais jusqu'à mon écriture manuscrite, l'obligeant à se courber plus encore que ma colonne vertébrale.

Non, objectivement, vraiment rien n'est à regretter de ces années-là, alors je m'efforce de ne pas céder au jeu de la nostalgie, cette nostalgie qui nous fait nous inscrire sur Copains d'avants quelques années à peine après avoir quitté les bancs de l'école et nous pousse à acheter des billets pour la tournée des années 90.

Et j'écoute TTC plutôt que les G-Squad en préparant ma classe pour demain.

Posté par demainleparadis à 20:04 - Commentaires [5] - Permalien [#]
jeudi 31 mai 2012

Le mouvement (du derrière des gens)

Le mouvement du derrière des gens
Quand on y pense, quand on y pense
Le mouvement du derrière des gens
Quand on y pense c'est amusant


Quand j'aurai ma classe, j'achèterai plein d'albums de littérature de jeunesse pour constituer un genre de bibliothèque enfantine idéale dans un coin de la salle. Quand j'aurai ma classe, je ferai de la place sur le mur du fond pour accrocher une affiche d'Etre et avoir. Quand j'aurai ma classe, on apprendra des chansons de Joe Dassin pour le spectacle de fin d'année. Quand j'aurai ma classe, j'achèterai une marionnette de ventriloque pour faire des séances d'anglais ou d'autre chose. Quand j'aurai ma classe, on balancera les vieilles cassettes de Tchoupi et on regardera Les demoiselles de Rochefort les jours où il pleuvra pour la récréation. Quand j'aurai ma classe, mes élèves réciteront des poèmes de Mallarmé que je ne comprendrai pas mais qu'ils m'expliqueront. Quand j'aurai ma classe, c'est toujours nous que les journalistes prendront en photo pour illustrer leur article sur le carnaval du village. Quand j'aurai ma classe, des fois je viendrai à vélo, mais pas non plus tout le temps rapport au fait que je suis paresseuse. Quand j'aurai ma classe, je croiserai souvent des élèves ou leurs parents à qui je ferai un brin de conversation et ce sera très sympathique. Quand j'aurai ma classe, au début je ne serai pas très douée, mais petit à petit, un pas après l'autre, j'espère que j'en ferai quelque chose d'un peu bien.

Justement.
J'ai participé au mouvement.
J'ai eu mon premier voeu.
Ma classe, à moi, à titre définitif.
Et en plus c'est Roland Garros.


Mais quand on y pense pas on s'en fout complètement
Vincent Malone

Posté par demainleparadis à 22:48 - Commentaires [4] - Permalien [#]