Il y a toujours les mêmes posters d'Avril Lavigne sur les murs, les mêmes vêtements dans l'armoire et le même temps gris par la fenêtre. Quand je reviens en Normandie, c'est toujours un peu comme si je redevenais lycéenne pour quelques jours, une parenthèse hors du temps présent, et je me surprends encore à trouver en moi quelques bribes d'une nostalgie diffuse.

Je crois que j'ai préféré le lycée à la fac, parce que j'ai toujours voulu être aimée des gens et que je n'y suis jamais aussi bien parvenue que dans le premier cas. De mes amitiés passées dont il ne reste plus grand chose restent tout de même E. et A., que je ne manque pas de revoir à chacun de mes pèlerinages. E. et A., c'est un peu les vestiges de la lycéenne que j'ai été, que je ne suis plus et qui n'avait dans le fond qu'un intérêt très relatif. Je n'arrive pas bien à me souvenir de moi-même en ce temps-là ; les journaux intimes que je relis parfois me présentent une adolescente dont j'ai du mal à croire qu'elle a été moi, et qui selon toute probabilité ne l'a jamais véritablement été. Je me cherchais alors, et croyais me reconnaître dans une version sombre et mélancolique que je me forçais d'incarner à coup de vêtements noirs et de posters d'Evanescence ; je travestissais jusqu'à mon écriture manuscrite, l'obligeant à se courber plus encore que ma colonne vertébrale.

Non, objectivement, vraiment rien n'est à regretter de ces années-là, alors je m'efforce de ne pas céder au jeu de la nostalgie, cette nostalgie qui nous fait nous inscrire sur Copains d'avants quelques années à peine après avoir quitté les bancs de l'école et nous pousse à acheter des billets pour la tournée des années 90.

Et j'écoute TTC plutôt que les G-Squad en préparant ma classe pour demain.