Il y a un an ce n'était rien ou presque, tout juste une poignée de cellules se battant pour exister, et maintenant c'est un petit garçon qui s'endort dans mes bras et rigole quand son papa le chatouille.

Il paraît qu'à cet âge-là il aime sa maman d'un amour inconditionnel; j'ai lu ça dans un livre. Il m'aime d'un amour inconditionnel même quand je râle en me levant pour la cinquième fois de la nuit, même quand je lui tords un peu le bras en lui mettant son pyjama, même quand je le laisse pleurer quelques minutes le soir pour qu'il s'endorme — même.

Je ne sais pas si ça durera toujours, mais quand les larmes me montent aux yeux à l'idée de bientôt reprendre le travail je pense à ça et ça m'apaise : moi je serai dans ma classe, dans la cour ou en voiture, et lui sera là, quelque part, à m'attendre et à m'aimer.

Si pour ce qui est de lui on ne peut préjuger de rien, de mon côté en revanche je sais que je l'aimerai toujours, sans avoir à faire d'effort, sans avoir à y penser, et ça aussi c'est reposant. Il n'y a pas beaucoup de choses dont je sois sûre... sauf de ça.

Et c'est drôle de penser qu'il y a une heure j'aurais donné n'importe quoi pour qu'il s'endorme et avoir un peu de temps pour moi, et maintenant que je l'ai, ce temps, je le trouve un peu long, et j'attends avec impatience de voir comment seront ses yeux quand enfin il se réveillera.

 

Je crois qu'ils seront bleus.