.::Demain le paradis::.

A l'éternel retour de la chance.

dimanche 12 mars 2006

Juliette, acte II

Comment tu t’appelles ?
— ...
— Pourquoi tu t’appelles comme ça ?
— C’est mon papa qui a choisi… Pourquoi, tu n’aimes pas ?
Non.”
Elle sourit.
Merci, c’est gentil ça !”
Elle se met à rire. Puis reprend:
Tu t’appelles Juliette.
Euh, non, c’est toi…
— Non, c’est toi !
— Alors, comment tu t’appelles, toi ?
— Caroline.”


Et meme si la vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants, je me console à l’idée qu’il en sort des éclats de rire comme beaucoup ne savent plus bien en avoir qu’occasionnellement. Juliette n’a pas beaucoup changé en un an, moins que sa soeur Lisa, qui désormais marche et parle et rit. Enfin, parle, c’est beaucoup dire, mais on ne va pas commencer à faire des histoires pour des détails. Hier, alors qu’à ma gauche ça parle politique avec un point de vue clairement de droite, alors qu’à ma droite ça parle du temps qu’il a récemment fait d’une manière un peu gauche parce qu’on ne sait pas bien quoi se raconter d’autre, je m’en vais me réfugier avec les plus jeunes, moins bavards mais tellement plus agréables. Au niveau de l’âge, je suis plus proche d’eux que de toi je réponds à ma grand-mère, qui s’étonne de me voir quitter la table sitôt ma part de gâteau terminée. En un an de silence, Juliette a oublié mon prénom — ou bien peut-être ne l’a-t-elle jamais su ? — et trouve le sien décidément plus joli pour moi que pour elle. Elle peut bien m’appeler Juliette ou Caroline ou tout ce qu’elle veut, du moment qu’elle me sert de prétexte pour ne pas retourner à table. Je m’émerveille du comique de répétition dont elle ne se lasse pas, de ce livre que je suis bien incapable de lui lire parce qu’il n’y a, pour ainsi dire, rien à y lire, et dont elle veut pourtant encore et encore me voir tourner les pages; de cette interminable bataille de ballons de baudruche dont nous sortons victorieuses, elle et moi, elle qui me protège des attaques incessantes de mon petit cousin en protégeant mon visage de ses mains, moi qui mets les miennes derrière son dos pour ne pas qu’elle bascule et passe par-dessus le canapé. Tu ne voudrais pas plutôt t’asseoir, Juliette ? — Non. Alors je surveille, sous le regard amusé de sa mère qui dit en plaisantant qu’elle veut bien prendre mon numéro pour du baby-sitting, et je réponds qu’il n’y a aucun problème. Mais elle plaisante. Et moi je dois partir à ce concert dont on se serait bien passé mais on ne pouvait pas le savoir avant d’y aller, bien sûr. Alors, après avoir fait la bise à une quinzaine de personnes, sans pouvoir affirmer n’avoir oublié aucune joue dans l’aventure, je m’accroupis près de Juliette et l’embrasse en lui disant au revoir.


Tu vas revenir ?


Pas ce soir, non. Mais dans un an, oui, sûrement. Le temps de nos retrouvailles annuelles, le temps que tu me donnes un nouveau prénom et que j’aie de quoi poster une nouvelle note dans laquelle je ne dirai pas grand chose, juste que je t’aime bien, et que si tes rires ne sont pas aussi beaux que le silence qui règne certains soirs, ils me font au moins patienter jusqu’à eux.

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